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Créer le graphisme d'un monde qui n'existe pas
Créer le graphisme d’un monde qui n’existe pas
Visual Culture
par
Laurent.H
Créer le graphisme d’un monde qui n’existe pas :
Le plus grand cauchemar d’un réalisateur est probablement que les détails de son film le trahissent et nous rappellent que c’est une fiction, une mise en scène.
Alors, comment faire pour ajouter de la crédibilité à l’univers d’un film ?
Une partie de la réponse se cache dans un département que l’on remarque rarement : le département artistique. Décors, enseignes, emballages, journaux, affiches ou objets fictifs… tout un monde qui doit être pensé et fabriqué avant de pouvoir apparaître quelques secondes à l’écran.

Copyright © A24
Marty Supreme :
Marty Supreme est une fiction librement inspirée de la vie de Marty Reisman, champion américain de tennis de table. Réalisé par Josh Safdie, le film nous plonge dans les années 1950 et suit Marty Mauser, un pongiste new-yorkais prêt à tout pour accomplir son rêve.
Mais pour accomplir la tâche titanesque de créer un film et tout son univers, il va falloir s’entourer de toute une équipe.
Construire un monde crédible au cinéma :
Pour construire celui de Marty Supreme, Josh Safdie s’est notamment entouré du production designer Jack Fisk. Figure importante du cinéma américain, il a travaillé aux côtés de cinéastes comme Terrence Malick, David Lynch ou encore Paul Thomas Anderson.
Son rôle va être de concevoir et superviser l’environnement visuel dans lequel évoluent les personnages du film.
On va donc retrouver un vaste département artistique réunissant décorateurs, graphistes, peintres, accessoiristes et de nombreux autres métiers. Et c’est ensemble qu’ils vont devoir construire un monde suffisamment cohérent pour que chaque détail donne l’impression d’avoir toujours existé.
Par exemple, pour recréer Orchard Street à New York, l’équipe a dû masquer les traces de notre époque et fabriquer des centaines d’enseignes en anglais et en yiddish, réalisées en papier, carton, bois ou en néon.
Our work is best when it’s unnoticed. - Jack Fisk pour Wallpaper*
Et parmi toutes les personnes ayant participé à la construction visuelle de cet univers, deux designers ont retenu notre attention : David Rudnick et Timothy Luke.

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Special Forces :
Timothy Luke est un designer spécialisé en graphisme et direction artistique basé à Brooklyn. Il est notamment connu pour son travail autour de PC Music, mais a également travaillé pour des clients tels que Nike, Charli XCX, Caroline Polachek ou encore Formula 1.
David Rudnick est un designer et typographe prolifique anglais basé à Gand, ayant également évolué dans la scène musicale électronique en collaborant avec des artistes tels que M.I.A., RL Grime ou encore Oneohtrix Point Never.
Amenés à travailler ensemble sur Marty Supreme, ils décident de créer spécialement pour l’occasion le studio Special Forces.

Copyright © Gauche : Timothy Luke - Finn Keane
Copyright © Droite : David Rudnick - Haven In A Heartfelt World [PH39]
Créer le graphisme de Marty Supreme :
Pendant 18 mois, ils vont travailler sur différents graphismes liés au film et imaginent notamment l’identité visuelle d'une société, des graphismes pour l’exposition d’Ueno et l’intérieur de magazines. Ils dessinent également deux caractères typographiques, Norkin Supreme et Marty Eras, et travaillent sur les génériques d’ouverture et de fin du film.
Mais leur travail ne s’arrête pourtant pas à ce qui apparaît dans la fiction. Special Forces participe également à l’identité visuelle qui accompagne Marty Supreme en dehors de l’écran.
Ils interviennent donc à la fois sur du graphisme diégétique, c'est-à-dire des éléments graphiques appartenant à l’univers fictif du film mais aussi en dehors de l’écran pour participer à la promotion de Marty Supreme dans le monde réel.
Rockwell Ink :
Rockwell Ink est une société fictive qui joue un rôle essentiel au sein de l’intrigue du film car elle sera le sponsor officiel du personnage principal, Marty Mauser. Mais pour fonctionner à l’écran, l’entreprise doit donner l’impression d’avoir une histoire, des produits et un langage graphique propres.
Le duo va donc s’occuper de créer la signature de son dirigeant Milton Rockwell, les emballages et fioles d’encre, le design du Rockwell Roller Pen ou encore différentes applications de la marque sur des raquettes de tennis de table et des vêtements.
Autant d’éléments qui permettent à l’entreprise de donner l’illusion de son existence.

Copyright © Special Forces

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En dehors de l’écran :
Mais ce n’est pas tout, car le travail du studio ne s’arrête pas à l’univers fictif du film.
Ils vont également concevoir des visuels liés à son marketing, comme le logo du film qu’on retrouvera placardé un peu partout, notamment sur des balles de ping-pong ou encore sur un dirigeable utilisé pour la campagne de promotion du film.
Ils vont aussi travailler sur le design de la pochette et du vinyle de la bande originale, composée par Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never, qui avait déjà collaboré avec David Rudnick par le passé.

Copyright © Special Forces

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Conclusion :
Tous ces objets, le spectateur ne les remarquera quasiment pas. Pourtant, ils participent à crédibiliser le film et nous font oublier, pendant quelques heures, que l’on regarde un monde entièrement construit pour l’occasion.

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Sources & crédits :
Les images présentées dans cet article sont issues de A24, du portfolio de Special Forces ainsi que des sites respectifs de Timothy Luke et David Rudnick.
https://cargocollective.com/timothyluke/
https://a24films.com/films/marty-supreme
https://www.instagram.com/specialforc.es/
https://www.instagram.com/tmthy.luke/
https://www.wallpaper.com/design-interiors/oscar-nominees-production-design-2026
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